APPENDICE AU CHAPITRE V
Ovide, _Art d'aimer_, livre I.
N° 1.--«Sondez d'abord le terrain par un billet doux qui fasse votre
première déclaration, qu'il exprime votre tendresse et renferme, quelque
soit votre rang, de vives prières.
«Promettez, promettez beaucoup, cela coûte si peu. C'est là une richesse
que tout le monde possède. Quand vous aurez donné, on vous quittera, car
on sera payé d'avance. L'important et le difficile, c'est d'obtenir une
première faveur avant d'avoir rien donné; pour ne pas en perdre le prix,
on vous en accordéra toujours de nouvelles.
«Si on vous renvoie votre billet sans le lire, ne vous rebutez pas de ce
refus et insistez. Si, après avoir lu votre lettre, on la laisse sans
réponse, continuez vos écrits, on finira par vous écrire. Peut-être vous
priera-t-on de cesser vos poursuites! Continuez-les, on désire ce qu'on
repousse; vous verrez bientôt vos voeux accomplis.
«Si vous rencontrez votre maîtresse couchée dans sa litière, abordez-la,
mais comme par hasard. Prenez garde qu'un rival ne vous entende et
exprimez-vous par des phrases à double sens.»
N° 2.--«N'épargnez rien pour gagner la femme de chambre, si elle est la
confidente de sa maîtresse. Saisissez le moment où celle-ci se plaindra
de l'infidélité de son époux et de l'offense d'une rivale. Que, le
matin, la soubrette, en peignant ses cheveux, attise son courroux;
qu'elle lui dise à demi-voix:--Non, je ne pense pas, vous ne pouvez lui
rendre la pareille. Qu'ensuite elle parle adroitement de vous; qu'elle
jure que vous êtes fou d'amour, que vous en mourrez, surtout qu'elle se
hâte de peur que l'orage ne se dissipe. La colère d'une belle est comme
le nuage qui lance l'éclair, mais se fond vite.
«Attachez-vous les valets eux-mêmes. Vous pouvez, sans vous dégrader,
les saluer chacun par son nom et leur prendre la main. Ajoutez à cela
quelques petits cadeaux s'ils vous en demandent; mettez dans vos
intérêts tout ce monde, y compris le portier et l'esclave qui veille à
la porte de la chambre à coucher.»
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