APPENDICE AU CHAPITRE III
Nº 1.--Description du harem d'Agra.
Tous les détails donnés dans ce chapitre montrent que les anciens rois
de l'Inde brahmanique n'étaient guère plus jaloux des femmes de leur
harem que les maris hindous ne l'étaient, en général, de leurs épouses.
On retrouve là encore la douceur et l'apathie du caractère indien.
Il en est autrement des Musulmans de l'Inde, en partie d'origine Afgane
ou Mongole.
Ils gardent étroitement leurs femmes, et les harems de leurs princes
étaient et sont encore aujourd'hui très surveillés.
On peut en juger par les dispositions du sérail qui forme partie du Tage
d'Agra, le Versailles des empereurs mongols, qu'on préfère au palais de
Louis XIV, bien qu'il ait coûté moins de cent millions, au lieu d'un
demi-milliard.
Le harem se compose de deux parties attenant l'une à l'autre, mais
parfaitement distinctes; l'une est occupée par les femmes musulmanes,
pour la plupart des Cachemiriennes qui sont blanches comme des
européennes.
L'autre est occupée par des femmes hindoues, et fut probablement
construite sur le modèle des harems des anciens rois du pays.
Le harem musulman borde, sur l'un de ses côtés, le magnifique jardin du
palais. Tout est en marbre; à l'étage, on y remarque quelques trous des
boulets de lord Clive, lorsqu'il prit la citadelle d'Agra (le Tage).
Les chambres sont des cellules de quatre mètres carrés; elles ont
chacune, du côté opposé au jardin, ayant vue sur le paysage et sur
la Joumma, une ouverture fermée par une claire-voie découpée dans le
marbre, qui empêche de rien voir du dehors.
Il y a aussi, dans chaque chambre, sur une autre face, une petite
ouverture par laquelle on introduisait la nourriture de la recluse, et
qu'on refermait ensuite.
Ces chambres forment deux groupes que sépare un palier assez grand, qui
servait pour la récréation des femmes pendant deux heures par jour.
L'escarpolette était fort en usage parmi ces dames.
Le harem hindou est, comme toutes les habitations des indigènes, disposé
en forme de cloître autour d'une cour rectangulaire assez grande.
Tout autour, à l'étage, sont de petites chambres précédées de portiques
et de balustrades donnant sur la cour.
Cette disposition permettait de laisser aux femmes la liberté de
circuler sous les portiques et de se visiter entre elles, liberté que
n'avaient point les femmes étrangères de l'autre harem, sans doute des
esclaves.
La cour intérieure du harem hindou servait pour les représentations
théâtrales et autres scènes de jongleurs, de saltimbanques, et aussi
pour les cérémonies religieuses.
Les femmes assistaient à ces représentations, appuyées sur les
balustrades des portiques et sans qu'on pût avoir aucune communication
avec elles depuis la cour.
Du côté opposé du jardin, en face du harem étranger, se trouvaient les
bains du sérail, d'une richesse et d'une beauté merveilleuses.
L'or, en lames épaisses, artistement travaillé ou en filets délicats,
court partout sur les caissons des plafonds et les parois en marbre des
murs.
Pour se rendre au bain, les favorites avaient à traverser le jardin, un
des plus beaux du monde, dont toutes les allées sont dallées en marbre
et dont les parterres sont parsemés de vastes bassins en marbre blanc
avec jets d'eau.
Certaines heures de la journée étaient réservées aux femmes du harem
pour leur promenade dans le jardin où elles étaient seules.
Le cicerone montre aux visiteurs un long couloir souterrain qui descend
du jardin au bord de la Joumma, et il explique que, vers son extrémité,
on abattait les femmes coupables ou trop âgées, et qu'ensuite leurs
corps étaient jetés à la rivière.
On se débarrassait ainsi des vieilles parce que le harem n'eût pas suffi
à loger ces inutilités, et qu'il ne convenait pas que des femmes, après
avoir été les favorites de l'empereur, pussent habiter ailleurs que dans
son palais ou dans la mort.
N° 2.--La vie du sérail.
Avec l'aide d'un officier de marine français, une femme européenne s'est
évadée du sérail de Constantinople. Réclamée par le sultan, elle a
déclaré qu'elle se tuerait plutôt que d'y rentrer.
Cependant Lady Montagu, la Sévigné des Anglais, nous a donné au XVIIIe
siècle, dans ses _Lettres_ si intéressantes, une description fort
gracieuse de la vie et des plaisirs des femmes du sérail dans l'intimité
desquelles elle a été admise en sa qualité de femme de l'ambassadeur
d'Angleterre près du sultan. Le tableau qu'elle en trace est loin d'être
triste. Les danses et les jeux après le bain solliciteraient le pinceau
d'un artiste.
Peut-être Lady Montagu n'a-t-elle vu que les beaux côtés, et n'a-t-elle
conversé qu'avec les privilégiées, comme la mère du sultan régnant dont
elle parle beaucoup. Peut-être le sérail a-t-il déchu avec la puissance
des sultans.
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