CHAPITRE III - La lune de miel.
Lorsque les fêtes et les cérémonies du mariage sont terminées (après la
puberté), dans la nuit du dixième jour seulement, le mari reste seul
avec sa femme; il lui adresse de tendres paroles, l'attire à lui et la
presse doucement sur son sein, d'abord de la manière que la jeune fille
aime le mieux, et chaque fois pendant quelques instants seulement.
Ensuite, il procède aux attouchements et commence d'abord par le haut du
corps, parce que c'est plus aisé et plus simple.
Si la jeune fille est timide et complètement ignorante, et s'il n'est
pas encore familiarisé avec elle, il essaiera ses premières caresses
dans l'obscurité. Si elle se laisse faire, il lui mettra dans la bouche
une bamboula (noix et feuille de bétel); il usera de toute son éloquence
pour la lui faire accepter; au besoin, il s'agenouillera devant elle;
car on sait qu'une femme, quelle que soit sa timidité ou sa colère, ne
repousse jamais l'homme qui est suppliant à ses pieds.
Tout en lui donnant la bamboula, il la baisera sur la bouche doucement
et gentiment. Puis il la fera causer, en lui adressant des questions sur
des choses qu'il dira ne pas connaître et qu'elle pourra expliquer
en quelques mots. Si elle ne répond pas, il ne la brusquera pas; il
répètera ses questions avec douceur, et la pressera de répondre en la
flattant; car, dit Govakamoukka, «les jeunes filles écoutent tout des
hommes, mais sans mot dire.»
A force d'instance, il obtiendra qu'elle réponde, au moins par des
signes de tête. Quand il lui demandera si elle l'aime, si elle le
désire, longtemps elle gardera le silence; puis, enfin, à force d'être
pressée, elle finira par approuver de la tête.
Une amie, présente pour la circonstance, pourra répondre pour elle,
et même lui fera dire plus qu'elle n'a dit, ce dont la jeune fille
la grondera en souriant, et tout en jetant à son mari un regard
d'acquiescement.
Si la jeune fille est familière avec son mari, elle lui mettra au cou
une guirlande de fleurs, suivant le désir qu'il lui en aura exprimé; il
profitera de ce moment pour lui toucher les seins et les chatouiller
avec les doigts. Si elle l'en empêche, il lui dira: Je ne recommencerai
plus, mais à la condition que vous me tiendrez embrassé.
Quand elle sera dans cette position, il lui passera la main à plusieurs
reprises sur le cou et tout autour. De temps à autre, il la placera
sur ses genoux, la pressera sur son sein, et s'efforcera d'obtenir son
consentement à l'union. Si elle ne veut pas céder, il la menacera de
faire sur elle et sur lui-même des marques aux bras et aux seins avec
les ongles et les dents, et de dire ensuite que c'est elle qui les lui a
faites.
Les deux nuits suivantes, comme la jeune fille se confie et s'abandonne
davantage, il la caressera par tout le corps avec les mains et la
couvrira partout de baisers; il lui placera les mains sur les cuisses et
les palpera doucement. De là, il passera aux aînes; si elle écarte
ses mains, il lui dira: quel mal y a-t-il à cela? et la décidera à le
laisser faire.
Cette faveur obtenue, il lui touchera les parties sexuelles, il
détachera sa ceinture et le noeud qui retient son vêtement inférieur, et
massera le haut de ses cuisses mises à nu. Tout cela se fera sous divers
prétextes, mais sans commencer l'union. Puis il lui enseignera les
soixante-quatre manières du Kama, en lui exprimant tout son amour et
tout ce qu'il espère d'elle. Il lui promettra fidélité pour toujours, et
l'assurera qu'elle sera sans rivale.
Enfin, après avoir vaincu sa timidité, il consommera l'union et jouira
d'elle sans l'effrayer.
En agissant ainsi, suivant les dispositions d'une jeune fille, l'homme
gagne son amour et sa confiance.
On ne réussit ni par une soumission absolue ni par une violence brutale
faite à la volonté de la femme; la prude méprise, comme ne connaissant
rien au coeur des femmes, l'homme qui tient trop de compte de ses refus;
et d'un autre côté, la jeune fille violentée prend en haine celui qui a
manqué de ménagements pour elle [41].
[Note 41: Les Pariahs livrent leurs filles à peine nubiles, afin que
leur virginité soit matériellement démontrée.
Il en est de même des Arabes de l'Algérie.
Dans ces conditions, la consommation du mariage est un véritable viol.
Le mariage avant l'entier développement, joint a l'excès du travail,
fait que les femmes arabes sont petites et chétives pendant que les
hommes sont grands et forts.]
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