APPENDICE AU CHAPITRE VI
N° 1.--Usage actuel de l'Auparishtaka.
L'auparishtaka, aujourd'hui relégué dans les mauvais lieux et dans les
ménages onanistes (Gauthier, _Onanisme buccal_), parait avoir été très
commun anciennement dans l'Inde.
On en trouve dans les gravures du chevalier Richard Payne, intitulé le
_Culte de Priape_, une représentation empruntée au temple souterrain
d'Éléphanta, et où l'homme agit sur la femme qui a la tête en bas.
Les différentes sortes d'auparishtaka se voient aussi dans les
sculptures des temples de Civa, à Bhuvaneshwara, près de Cuttak, dans
l'Orissa, qui remontent jusqu'au VIIIe siècle.
L'auparishtaka ne paraît pas habituel maintenant dans l'Hindoustan.
Il y a, en Algérie, des Arabes qui provoquent les hommes à cette
débauche; pour quelques-uns, c'est un moyen de chantage ou de vol.
Dans les maisons de tolérance de Paris, celles mêmes qui sont tenues sur
un grand pied, les femmes se prêtent à cette pratique et y provoquent
même.
Beaucoup de célibataires d'un âge mûr qui fréquentent ces maisons
préfèrent cette pratique à la connexion, non par libertinage, mais parce
qu'elle satisfait, sans danger pour leur santé, ce qui n'est chez eux
qu'un simple besoin d'hygiène analogue au bain.
N° 2.--Emploi ancien des eunuques.
L'emploi des eunuques est fort ancien en Orient, puisque Putiphar était
eunuque.
(Comme Puliphar avait une fille, il faut admettre, ou que la mère de
cette fille avait rencontré mieux que Joseph, ou que Puliphar n'était
eunuque qu'en apparence et par hermaphrodisme).
A Rome, beaucoup de maris en avaient un pour garder leur femme.
Ovide, livre II, _Les Amours_, adresse à Bagoas l'Élégie deuxième pour
qu'il ne soit pas un gardien trop sévère:
«O toi, Bagoas, qui n'es ni homme ni femme, gardien de ma maîtresse,
laisse-lui prendre à la dérobée un peu de liberté, et tout ce que tu
lui en accorderas, elle te le rendra. Consens à être de complicité avec
elle. Un complice discret gouverne la maison, il ne sent plus le fouet.
Pour cacher au mari la vérité, on le berce de chimères, et maîtres
autant l'un que l'autre, le complice et le mari approuveront ce
qu'approuvé la femme.
«Une femme caressante obtient de son époux tout ce qu'elle désire.
«Toutefois, que de temps en temps elle te querelle; qu'elle feigne de
verser des larmes et te traite de bourreau.
«Tu lui reprocheras alors des fantes dentelle se justifiera aisément;
elle deviendra par là irréprochable aux yeux de son mari. Ces
complaisances te seront bien payées, et tu y gagneras bientôt ta propre
liberté.»
N° 3.--Autre emploi des eunuques.
Aujourd'hui les eunuques servent de plastron pour la sodomie aux
musulmans de l'Inde; ils ne se déguisent plus en femmes, attendu que
ceux-ci préfèrent les jeunes garçons, à tel point que les Bayadères
qui vont chanter et danser chez les princes musulmans s'habillent
quelquefois en hommes, pour répondre à leur goût (voir les _Chants des
Bayadères_).
Dans tout l'Orient, les masseurs des bains, qui sont des adolescents,
s'offrent d'eux-mêmes comme plastrons.
Le nombre des eunuques alla toujours en augmentant à Rome, malgré un
édit de Domitien qui interdit la castration, et que Martial a loué dans
son Épigramme 3 du livre, VI:
«On se faisait un jeu de violer les droits sacrés du mariage, un jeu de
mutiler des hommes innocents. Vous défendez cette infamie, César! et
vous rendez service aux générations futures. Personne, sous votre règne,
ne sera eunuque ni adultère. Avant vous, cependant, ô moeurs! l'eunuque
lui-même était un adultère.»
Déjà considérable sous les empereurs grecs, le nombre des eunuques le
devint bien plus encore sous les successeurs de Mahomet.
On alla jusqu'à faire des eunuques femelles. On fendait le ventre aux
jeunes filles pour extirper les ovaires et on coupait le clitoris
jusqu'à sa racine, ensuite on fermait la vulve en rétrécissant les
grandes lèvres par des points de suture. On obtenait des êtres sans sexe
et sans désirs dont on était plus sûr que des eunuques, mâles encore
capables de désirs ou bien dont, à défaut même des sens, le coeur
pouvait être captivé.
N° 4.--Obscénités sur les chars sacrés de l'Inde.
Cette caresse est la principale de celles figurées sur le char sacré
de Mazulipatam par un groupe de six personnes: un homme besognant cinq
femmes avec sa langue, ses pieds et ses mains. Rien de plus dégoûtant
que cette peinture de grandeur plus que naturelle, dont les enfants des
deux sexes se montrent tous les détails constamment exposés à tous les
yeux.
Très souvent la masturbation, comme manifestation d'amour, est figurée
sur les chars sacrés Sur celui de Chandernagor une gopi s'y livre en
regardant Krishna. Les cariatydes d'un char récemment fait à Pondichéry
sont des singes se masturbant.
N° 5.--Épigrammes de Martial.
L'Auparishtaka était fort pratiqué à Rome du temps de Domitien, ainsi
que le montrent les épigrammes suivants de Martial:
L. II, 49. «Je ne veux pas épouser Thalisma, c'est une libertine... mais
elle se donne à de jeunes garçons... Je l'épouse.»
L. JI, 50. Contre Lesbie: «Tu suces et tu bois de l'eau, Lesbie; c'est
très bien, tu laves l'endroit qui en a besoin.»
L. II, 73. «Lyris suce, même quand elle n'est pas ivre.»
L. 111, 75. Contre Luperculus. «Depuis longtemps, Luperculus, ta mentule
a perdu toute vigueur et les aphrodysiaques n'ont pu lui rendre sa
vertu. Maintenant tu commences à corrompre à force d'argent des bouches
pures, et tu ne réussis pas mieux. Il t'en a bien coûté pour rester
impuissant!
L. III, 88. Contre deux frères impudiques. «Ils sont frères jumeaux,
mais lèchent chacun un sexe différent; dites s'ils sont plus
ressemblants que différents!»
L. III, 96. «Tu lèches ma maîtresse et tu ne lui fais rien autre
chose; puis tu babilles comme si tu étais besogneur. Si je t'y prends,
Gargitius, je te ferai taire (en te coupant la langue).»
Dans l'épigramme 43 du livre IV, Martial reproche à Coracinus d'être
cunnilingue.
L. IV, 50. «Pourquoi, Thaïs, me répéter que je suis trop vieux? on n'est
jamais trop vieux pour lécher.»
L. XI, 25. «Cette libertine éhontée, cette connaissance intime de tant
de fillettes, la mentule de Lunius, ne peut plus se dresser; gare à
sa langue !» Dans l'épigramme 46 du livre XI, Martial conseille
l'Auparishtaka à un vieillard.
L. XI, 47. «Pourquoi Blattara fuit-il tout commerce avec les femmes?
Pourquoi joue-t-il de la langue?--Pour ne pas besogner (impuissant).»
L. XI, 61. Sur Mantius. «Mantius ne peut plus raidir sa langue
libertine, car pendant qu'il la plongeait dans une vulve gonflée de
luxure, et qu'il y demeurait attaché, entendant dans l'intérieur les
vagissements de l'enfant, une maladie honteuse a paralysé cette langue
avide; aujourd'hui il n'est plus possible à Mantius d'être pur ni
impur.»
L. XII, 86. Contre Fabullus. «Les philopèdes, dis-tu, puent de la
bouche; dis-moi, ô Fabulus, que sentent les cunnilingues?»
On a peine à croire à un tel dévergondage; cependant, comme Martial
adresse plusieurs de ses épigrammes aux hommes qui vivent de leur
impudicité, on peut admettre tout comme possible. Le docteur Garnier
cite une classe de faits de ce genre et les explique naturellement ainsi
que la sodomie, en faisant remarquer que souvent l'anus est un foyer
érogène.
N° 6.--Talents intimes.
On voit, non-seulement dans l'Inde, mais en tout pays, des hommes
distingués enchaînés par des femmes sans jeunesse, esprit ni beauté,
mais possédant quelques talents intimes comme ceux qui ont fait la
fortune de la du Barry.
Diderot donne, dans les _Bijoux indiscrets, _sous le titre: le _Bijou
voyageur, _les récits d'une femme laide et sotte qui a gagné une
grande fortune par une complaisance cosmopolite. Ceux qui concernent
l'Allemagne, l'Italie, et l'Espagne, et qui sont écrits respectivement
en latin, en italien et en espagnol, sont curieux; ils nous mettent au
courant des vices dominant dans ces pays au XVIIIe siècle. A Vienne,
ce sont les raffinements indiens, les mignardises et l'hyménée par la
bouche, les seins, etc. En Italie, ce sont les amours florentins (in vas
non naturale); en Espagne, des tours de force de prouesses amoureuses,
des nuits de plaisir sans trêve ni merci. Pourquoi le _Bijou
voyageur _ne se sert-il du français que pour lier et commenter ses
_indiscrétions_ polyglottes? Diderot fait lui-même la réponse:
«Le lecteur français veut être respecté.»
N° 7.--Docteur GARNIER, Onanisme buccal.
L'onanisme en général et souvent l'onanisme buccal est aujourd'hui
fréquent. Il est la règle dans les unions libres, sans être une
exception dans les autres. L'influence directe d'organes étrangers,
actifs, conscients, pour ainsi dire, comme les lèvres, la bouche et
surtout la langue, a pour effet une impression beaucoup plus vive et
profonde que les rapports naturels.
L'odeur spéciale qui se dégage des organes secrets de la femme est, pour
certains vert-galants, comme Henri IV, le souverain excitant de l'amour.
Elle les surexcite au point qu'ils fouillent avec la bouche et le nez
les parties sexuelles et en aspirent les liquides. De là leur nom de
renifleurs.
Excitées directement par la succion, l'aspiration et le lèchement de
tous leurs organes, les femmes, parvenues au paroxysme, lancent dans la
bouche de l'homme, par leur conduit afférent, le mucus glaireux sécrété
par les glandes vulvo-vaginales. Le plaisir que cette éjaculation
procure aux femmes passionnées leur fait rechercher cette débauche.
Les femmes galantes la considèrent comme la plus grande preuve d'amour
qu'elles puissent, recevoir de leurs sigisbés et comme le moyen le plus
sur de les fixer (des femmes dites honnêtes et du monde ont ce goût).
Pour ne pas avoir à rougir d'un office vil non partagé, c'est
ordinairement par réciprocité alternative, et souvent simultanée, que
des amants libres ou des époux se livrent ensemble à ces écarts. Opposés
l'un à l'autre de la tête aux pieds, ils agissent ensemble, chacun de
leur côté, avec une telle passion qu'ils en deviennent inconscients
[29]. Ce vice a quelquefois pour conséquence, chez la femme, l'hystérie,
chez l'homme, la paralysie plus ou moins complète des membres et du
cerveau.
[Note 29: Cette pratique devenue fréquente est appelée par les libertins
FAIRE 69.]
La succion du clitoris et le lèchement de la vulve avec la langue
constitue le saphisme. Le saphisme féminin est préféré par les femmes
lubriques à tous les autres moyens de plaisir. Le saphisme détermine un
état particulier du clitoris très caractéristique.
L'auparishtaka ou onanisme buccal entre hommes paraît s'être répandu
dans ces derniers temps. Quelques libertins choisissent criminellement
pour cet office de jeunes enfants dans la bouche desquels le pénis se
meut comme dans le vagin.
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