CHAPITRE II - Différentes sortes d'unions sexuelles.
Il y a sept sortes d'unions:
L'UNION SPONTANÉE.--Deux personnes s'aiment et s'unissent par sympathie
et par goût mutuel. Cette union a lieu entre deux amants de même
naissance.
Les jeux d'amour avec une femme de bonne naissance, dit Barthriari, sont
remplis de charme. D'abord, l'amante dit: non, non! et semble dédaigner
les caresses; puis les désirs naissent, sans que la pudeur disparaisse;
ensuite, la résistance se relâche et la fermeté est abandonnée; enfin,
elle ressent vivement le secret plaisir des ardeurs amoureuses; laissant
alors de côté toute retenue, elle goûte un bonheur inexprimable qui lui
fait crisper les membres.
L'UNION DE L'AMOUR ARDENT.--L'homme et la femme s'aiment depuis quelque
temps, et ont eu beaucoup de peine à se réunir; ou bien, l'un d'eux
revient de voyage, ou bien, deux amants se réconcilient après s'être
querellés.
Dans ces cas, les deux amants brûlent de s'unir et se donnent
mutuellement une complète satisfaction.
L'UNION POUR L'AMOUR A VENIR--Entre deux personnes dont l'amour n'est
encore qu'en germe.
L'UNION DE L'AMOUR ARTIFICIEL.--L'homme n'opère la connexion qu'en
s'excitant par les moyens accessoires qu'indique le Kama Soutra, les
baisers, les embrassements, ou bien l'homme et la femme s'unissent sans
amour, le coeur de chacun d'eux étant ailleurs. Dans ce cas, il faut
qu'ils emploient tous les moyens d'excitation enseignés par le Kama
Shastra (Appendice, n° 1).
L'UNION DE L'AMOUR TRANSMIS.--L'un des deux acteurs, pendant toute la
durée de la connexion, s'imagine qu'il est dans les bras d'une autre
personne qu'il aime réellement (Appendice, n° 2).
L'UNION DITE DES EUNUQUES.--La femme est une porteuse d'eau [20] ou une
domestique de caste inférieure à celle de l'homme; la conjonction dure
seulement le temps nécessaire pour éteindre le désir de l'homme. Dans ce
cas, il n'y a point d'actes accessoires ou préliminaires.
[Note 20: La porteuse d'eau est ordinairement attachée à une maison et y
fait le service de propreté.]
L'UNION TROMPEUSE.--Entre une courtisane et un paysan, ou entre un homme
de bonne éducation et une paysanne; elle se borne à un acte brutal, à
moins que la femme ne soit très belle.
APPENDICE AU CHAPITRE II
N° 1.--L'Union artificielle est blâmée par les poètes.
Bhartrihari (stance 29 _l'Amour_) dit: En ce monde, l'amour a pour effet
d'unir deux coeurs en une même pensée.
Quand les sentiments des amants ne sont pas confondus, c'est comme
l'union de deux cadavres.
Le mariage sans l'amour est un corps sans âme, dit Tirouvallouvao (le
divin Pariah).
N° 2.--Le Père Gury, _Théologie morale _(908). L'usage du mariage est
gravement illicite s'il a lieu dans un esprit d'adultère, de telle sorte
qu'en approchant de son épouse, on se figure que c'est une autre femme.
Cet avis est évidemment celui de tous les théologiens.
G. Sand, dans _Mademoiselle de la Quintinie, _décrit une union de ce
genre.
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